« C’est dans la tête » : ce que vous croyez savoir sur le stress (et qui est faux !)

Stress et système immunitaire

« Je suis trop stressé, pourtant ma vie, elle est plutôt cool… Je sais que c’est dans la tête… mais j’arrive pas à l’éliminer. »

Cette phrase, vous l’avez sûrement entendue. Dans la bouche d’un collègue épuisé, d’un patient qui n’arrive plus à nommer ce qu’il ressent, ou peut-être dans la vôtre… Avec cette petite touche culpabilisante qui va avec ! Cette voix intérieure qui murmure : quand même, tu as tout, et tu es encore stressé ?

Cette phrase est une perle, car elle enchaîne les fausses croyances sur le stress. 

📣 Points clés :

  • Le stress n’est pas une maladie : c’est un mécanisme d’adaptation biologique normal et essentiel.
  • Vivre sans stress est biologiquement impossible, et ce n’est pas un objectif souhaitable.
  • Le stress n’est pas « dans la tête » : il mobilise l’ensemble de l’organisme, y compris le système immunitaire.
  • Stress et trouble anxieux ne sont pas synonymes.
  • Une grande partie de la réponse au stress est inconsciente (on ne sait pas toujours quand on est stressé).
  • Nous ne sommes pas tous égaux face au stress, et ce n’est pas qu’une question de génétique.

Comprendre le stress : pourquoi nos croyances nous enferment

Derrière cette phrase apparemment anodine se cachent plusieurs idées reçues sur le stress qui, mises bout à bout, finissent par produire un sentiment d’impuissance totale.

L’idée que le stress serait forcément une anomalie.

Qu’il suffirait de relativiser, de « mieux gérer », pour s’en débarrasser.

Que l’individu serait seul responsable.

Que si on n’y arrive pas, c’est un problème de volonté.

Et si tout ça était scientifiquement faux ?

Dans cet épisode, je propose de déconstruire quelques-unes de ces idées, en m’appuyant sur des travaux scientifiques, notamment de l’INSERM et de l’Encyclopédie Médico-Chirurgicale.


Cet article est un résumé de l’épisode 48 du Podcast Hack Your Soul.

Le stress n'est pas une maladie : c'est un mécanisme d'adaptation

Le mot stress vient du vieux français destrece : la détresse, et du terme anglais qui désignait à l’origine la pression exercée sur un objet jusqu’à ce qu’il cède.

Ce n’est qu’au cours du 20e siècle qu’il a intégré le langage médical, d’abord comme réponse physiologique visant à maintenir l’homéostasie, l’équilibre du milieu intérieur.

C’est ce qui change tout à la façon de comprendre le stress : il n’est pas une maladie. C’est un mécanisme d’adaptation.

Il se déroule en trois phases :

      👉 alarme,

      👉 adaptation,

      👉 épuisement : c’est seulement dans cette troisième phase, quand les capacités d’ajustement sont durablement débordées, que des lésions peuvent apparaître.

Le stress est donc à la fois la cause et la conséquence de ce processus biologique. Il est au service de l’action, et parfois de la survie.

Conséquence directe : on ne peut pas vivre sans stress. Et ce n’est pas une question de volonté !

Sans cette réponse, l’organisme ne pourrait tout simplement pas faire face aux contraintes du réel.

Le stress n'est pas une émotion et ce n'est pas "juste dans la tête"

C’est sans doute le point le plus important à clarifier pour comprendre le stress, et celui qui génère le plus de confusion dans les discours grand public comme dans certaines pratiques d’accompagnement.

Le stress implique quatre systèmes à la fois

Le stress n’est pas une émotion.

Il est souvent confondu avec la peur, parfois avec la colère ou la tristesse.

Mais il est un processus biologique global, bien plus vaste, qui mobilise quatre systèmes simultanément : le système nerveux central, le système nerveux autonome, le système endocrinien et le système immunitaire.

Ces quatre systèmes sont en relation dynamique et réciproque, et ce n’est pas qu’une simple histoire de cortisol, contrairement à ce qu’on entend souvent.

Le stress produit des effets physiques mesurables

Il produit des modifications physiques réelles et mesurables. Chez les souris, des chercheurs de l’INSERM ont montré comment le cortisol vient se fixer sur les récepteurs des neurones intestinaux, entraînant une augmentation de l’acétylcholine qui force les muscles intestinaux à se contracter.

Cela pourrait expliquer pourquoi une échéance importante peut littéralement nous retourner l’estomac !

Stress et trouble anxieux : une distinction qui change tout

C’est ici que la distinction entre stress, anxiété et trouble anxieux mérite d’être posée clairement.

Dans la pratique clinique, ces trois notions sont fréquemment confondues, et cette confusion n’est pas sans conséquence.

 

  • Le stress est une réponse adaptative physiologique et psychologique à un stresseur (réel ou anticipé). Temporaire et généralement proportionnée, elle mobilise les ressources de l’organisme via l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (cortisol, catécholamines). Elle disparaît normalement lorsque le stresseur s’estompe ou a été maîtrisé.

  • L’anxiété est un état émotionnel (inquiétude, appréhension, hypervigilance somatique) qui peut accompagner le stress, mais aussi survenir indépendamment de tout stresseur identifiable.

  • Le trouble anxieux (TAG, phobies, trouble panique, etc., selon DSM-5/CIM-11) est un syndrome clinique caractérisé par une anxiété pathologique : excessive, persistante, inadaptée en intensité/durée, envahissante, et altérant significativement le fonctionnement psychosocial.

Le glissement du stress vers un trouble anxieux n’est pas une fatalité de « l’emballement » mécanique. Il résulte d’une vulnerabilité individuelle (tempérament anxieux, biais cognitifs, génétique, événements précoces etc) activée ou amplifiée par des stresseurs répétés.

Dans le modèle de Selye, un stress chronique prolongé peut favoriser l’apparition ou l’aggravation de troubles anxieux en phase d’épuisement, mais tous les troubles anxieux ne sont pas des « stress épuisés », et tous les stress chroniques n’aboutissent pas à un trouble anxieux.

Pour un professionnel de l’accompagnement, cette distinction doit être rigoureuse pour poser un cadre diagnostic juste, et la thérapeutique en conséquence.

Pour la personne qui tente de comprendre ce qu’elle vit, elle change la perception et ouvre des perspectives.

Le stress agit aussi sur le système immunitaire

Le stress peut affaiblir directement nos défenses immunitaires, en désarmant temporairement les barrières qui combattent les infections.

La phrase « je suis tellement stressée que j’ai chopé un rhume » n’est pas une métaphore. Elle a une réalité biologique documentée. Le stress ne crée pas le virus, mais il peut désamorcer le système qui aurait dû le combattre.

Il peut aussi simuler les symptômes d’une maladie via des cytokines inflammatoires. Fatigue intense, perte d’appétit, désintérêt pour ce qu’on aime…. C’est ce qu’on appelle le sickness behavior : une réponse adaptative qui force le corps à lever le pied pour préserver ses ressources face à une agression qu’il anticipe ou qu’il subit déjà.

Autrement dit, le stress est capable de convaincre l’organisme qu’il est déjà malade, pour le forcer à se mettre au repos.

Conscient ou inconscient ? Les deux à la fois !

Figurez-vous qu’on ne sait pas toujours quand on est stressé… Une grande partie de la réponse est inconsciente !

Le système nerveux sympathique s’active sans qu’on lui demande. Ce qui fait que certaines personnes se suradaptent longtemps, sans signe visible, jusqu’au point de rupture où les symptômes apparaissent enfin.

La réponse consciente au stress, ce que les cognitivistes appellent le coping, fonctionne en deux temps :

      👉 d’abord une évaluation de la situation (est-ce menaçant ?),

      👉 puis une mobilisation des ressources disponibles (qu’est-ce que je peux faire ?).

Ces deux étapes dépendent de l’histoire de la personne, de ses croyances de base, de son environnement (et pas seulement de sa volonté !).

Ce qui confirme que nous ne sommes pas tous égaux face au stress. Et ce n’est pas qu’une histoire de génétique.

Pourquoi nous ne sommes pas tous égaux face au stress ?

Dans cet épisode, j’ai posé les bases : ce qu’est le stress biologiquement, ce qu’il n’est pas, comment il agit sur l’ensemble de l’organisme, et pourquoi le confondre avec un trouble anxieux, ou le réduire à une question de volonté, n’est pas un angle d’analyse intéressant. 

Ce dont nous n’avons pas encore parlé, c’est la question de la vulnérabilité individuelle.

Pourquoi certaines personnes sont-elles beaucoup plus impactées que d’autres face au même niveau de stress ?

Qu’est-ce qui se joue là, au-delà de la génétique ?

Et en quoi l’environnement joue-t-il un rôle bien plus central qu’on ne le croit ?

À suivre dans le prochain épisode !

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